Vers un écrire-film, #03 – Comment j’ai fait

 

PROPOSITION

« Le but, ou la cible, résolument : comment se forme et se solidifie une intuition, comment l’intuition ne donne pas de suite les pistes du travail, et puis qu’à un moment donné cela bascule, et on n’est plus absorbé que par la fabrication, le temps matériel du « faire », le verbe étant ici l’élément central ». En se concentrant sur deux textes de Marguerite Duras, qui a parfois fait de la question même du faire l’objet central d’un projet, « Le bloc noir », dans Vie matérielle, et « Comment j’ai fait. » issu des Notes pour rien, partons explorer ce faire, ce pré-faire.

Vous, comment vous avez fait ? Et toi ? Et moi… comment j’ai fait.

La proposition dans sa version intégrale sur le site de François Bon et les autres contributions de cet atelier

 

 

Le moment de la bascule… Relire les textes. Revoir la vidéo. Ça me fait quoi moi ? Qu’est-ce que c’est, faire ? Ça commence quand ? Stylo en main, au clavier — peu importe — rechercher, les idées, documenter, d’autres idées, construire patiemment le labyrinthe dans lequel je me perds… Me couper du monde. Errer. Hésiter. Jusqu’au moment où les lourds remparts se font château de cartes. J’oublie la page blanche sous moi. Juste un pas… Laisser aller… Laisser faire. Fabriquer de quoi ne pas m’écraser. Et puis après tout qu’est-ce que je risque ? Ne pas réussir à traduire l’image, la sensation, l’idée. La corbeille, les ratures, les rayures. Effacer. Ou me laisser emmener, porter vers un inconnu, un imprévu… le récit qui s’invite, me montre le chemin. Parfois y arriver. Être déçue. Mots maladroits. Mots laborieux. Sans grâce. Garder quand même de peur de ne pouvoir faire mieux. Faire bien. Faire. Réussir ou louper. Chaque jour recommencer. Au bord du précipice. Juste un pas. Rien à craindre. Avoir peur quand même. Angoisse du vertige, entre attraction du vide et instinct de survie. L’appareil en main ça me semble différent… Marcher, tourner, errer, m’imprégner de l’atmosphère, de la lumière, des bruits, des mouvements, plonger dans mon idée, mes idées qui ne sont pas encore là. Certains jours il n’y a rien. Pas la bonne lumière… pas le bon sujet… pas l’envie. D’autres fois une lueur, une étincelle… une ouverture, une vitesse, un cadre, comme une évidence. Déclencher. Ou non. Vieille école. Se forcer, sans y croire. Amorcer. Parfois ça mord… Me leurrer ? N’est-ce pas là poser un simple décor ? Est-ce que je me force pour faire ma vie ? A-t-elle seulement besoin de moi ? Ça s’écrit cependant pas tout seul. Basculer dans un autre monde. Une dimension où le temps n’existe plus. Est-ce là pourtant faire ? Est-ce que ça se fait quand ça commence ? Quand ça se termine ? Et tant que ça continue, qu’est-ce que c’est ? Est-ce fait quand l’idée a été exprimée ? Ou lorsque le point final a été posé ? Quand une idée est-elle exprimée ? Au moment où elle devient intelligible ? Faut-il qu’un quelque chose soit reçu ? perçu ? collationné ? pour être terminé ? Sinon l’idée ne se suffit-elle ? Entre le rien et le point, combien de mots faut-il ? L’image dans ma tête, sur ma rétine, le capteur ou la carte-mémoire ? L’image développée ? Publiée ? Vue ? À quel moment ça se met-il à exister ? À quel moment ça a-t-il été fait ? Est-ce qui j’y suis pour quoi que ce soit ? Pas l’impression d’avoir beaucoup avancé… Friser le hors-sujet. Me relire… Relire ces pattes de mouches, de fourmis qui petit à petit ont envahi le post-it sur lequel j’écris… recto, verso, un deuxième. Bloc noir.

 

 

 

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