Au Kröller-Müller

Alors que je marche dans la campagne et laisse mes pas me guider, mes idées partent à la dérive et sans plus savoir comment me renvoient à ce musée visité aux Pays-Bas l’autre été. La Fondation Kröller-Müller, joyau de culture lové dans une ancienne réserve de chasse où le visiteur a tout loisir de se promener, à bicyclette ou à pied.

À l’intérieur, au centre de ce domaine, des collections essentiellement modernes et contemporaines. Des salles lumineuses donnent une place de choix au paysage environnant. Entre deux baies vitrées, des tableaux. Peintures, sculptures…

De petits groupes d’adolescents complètent des fiches d’activités, à la rencontre d’œuvres de noms jusqu’ici lointains ; Picasso, Braque, Léger ; Hepworth, Leck, Mondrian, Vasarely ; Seurat, Renoir, ou Monet… Les marcheurs de Giacometti arpentent les couloirs, laissent derrière eux les vanités du 17e, et je fais de même. Lentement, tranquillement. Je m’imprègne de cette atmosphère, de l’aura conférée à ces objets que l’on considère avec respect, que l’on vénère ; je découvre à mon tour ces noms lointains, ces inconnus-de-moi de leur voile de brume, et leurs œuvres, qui maintenant le sont moins ; avec curiosité, amusement, effroi ; ces expressions d’une idée, d’un sentiment, d’une sensation attrapée. Juste saisie. Partagée.

De mur en mur, de salle en salle, je voyage… L’ondulation des mouvements, au gré d’un espace qui se libère, calme.

Enfin, une aile qui n’a pas désempli. Les groupes s’y succèdent éclairés par un guide dans la langue de Babel. Devant moi une vieille dame en pantalon et escarpins blancs, chemisier fleuri, gilet sobre, avance d’un pas plus solennel dès l’indication « Expo 4 » passée, avant-nef, mystérieux point de bascule entre le profane et le sacré. Notre comportement peu paraître étrange ; une telle déférence pour des choses inanimées.

Sans pour l’instant me fixer, je me baigne de cette ambiance. Tour de piste avant d’apponter. Ces tableaux je les connais, je les ai déjà vus. Souvent. Je ne doute pas que vous aussi. Dans des livres, sur des affiches, des écrans… Et pourtant je les découvre. Je m’approche, tourne, multiplie les angles. Je le touche de tous mes yeux. Les couleurs vibrent. Irradient. La texture est épaisse. Vivante. Son relief révèle son paysage intime. Le geste est nerveux. Précis. Le pinceau est encore là. Sur cette toile. Et pas dans les livres, pas sur les affiches, ni sur les écrans. Sur cette toile, là. Jaunes, verts, bleus, orangés. J’entends le murmure du vent dans ces blés. Chair de poule. Un frisson me surprend. Brusquement je l’aperçois là, juste à côté de moi. Il peint.

Devant nous, une route de campagne en Provence, un pêcher en fleurs, la terrasse du café le soir…

Je m’éloigne discrètement pour ne pas le déranger, sans pour autant me résigner à quitter ces lieux. Divaguer dans cet atelier hors du temps où les cimaises se font chevalet et où le peintre rôde.

Que m’arrive-t-il ? Je n’ai pourtant pas rêvé, il y a eu contact, un lien s’est créé.

Je regagne l’espace central. Non… le moment n’est pas encore venu. Rien ne presse.

À pas feutrés et légers je refais le tour du musée. Mieux me souvenir des émotions passées. Les graver. Rester encore un peu. Expo 4. Une dernière fois.

Traîner…

Puis la direction du hall d’entrée.

On pénètre dans ce nouveau monde par étapes. D’abord le jardin d’émail de Dubuffet. Puis le jardin de sculptures, et l’ancienne réserve de chasse classée parc national. Enfin ce grand jardin et toute sa palette, dont je m’émerveille chaque matin.

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